Chaque mois, une fraction de la masse salariale de milliers d’entreprises françaises alimente un système conçu pour loger les salariés du privé. Ce mécanisme porte un nom historique : le comité interprofessionnel du logement, ou CIL. Derrière ce sigle se cache un circuit de financement qui relie directement les employeurs aux aides au logement, et dont la forme actuelle, Action Logement, reste mal comprise par beaucoup de dirigeants et de responsables RH.
Du CIL à Action Logement : une fusion qui change la gouvernance
Avant de parler d’obligations ou de taux, un point d’histoire s’impose. Les CIL étaient des organismes paritaires locaux, gérés conjointement par des représentants d’employeurs et de salariés. Chaque territoire avait le sien, avec ses propres règles de redistribution.
Cette mosaïque posait un problème de lisibilité. Les entreprises ne savaient pas toujours à quel collecteur s’adresser, ni quelles aides demander. La réforme structurelle a fusionné l’ensemble de ces CIL en un acteur unique : Action Logement, héritier direct des anciens CIL.
Le pilotage reste paritaire. Les partenaires sociaux (organisations patronales et syndicales) siègent au conseil d’administration. Ce fonctionnement garantit que les décisions d’emploi des fonds restent orientées vers les besoins concrets des salariés, pas uniquement vers les priorités budgétaires de l’État.

PEEC : le taux de contribution et le seuil d’assujettissement des entreprises
Le socle financier du dispositif s’appelle la Participation des Employeurs à l’Effort de Construction, ou PEEC. À l’origine, cette cotisation représentait 1 % de la masse salariale, d’où le surnom historique de « 1 % logement ».
Le taux de la PEEC est aujourd’hui fixé à 0,45 % de la masse salariale brute. Ce prélèvement concerne les entreprises du secteur privé non agricole employant au moins 50 salariés. Les entreprises du secteur agricole relèvent d’un circuit distinct.
Comment cette cotisation est-elle calculée ?
L’assiette correspond à la masse salariale brute de l’année précédente. L’entreprise déclare et verse sa contribution directement à Action Logement. Aucun choix de collecteur n’est possible depuis la fusion des CIL.
Vous dirigez une PME de 48 salariés ? Vous n’êtes pas assujetti. C’est un point que les services RH et comptables doivent surveiller, notamment en période de recrutement.
Convention quinquennale 2023-2027 : le cadre légal qui encadre l’utilisation des fonds
Les sommes collectées via la PEEC ne sont pas laissées à la libre appréciation d’Action Logement. Depuis août 2023, une convention quinquennale signée entre l’État et Action Logement fixe les grandes orientations d’emploi des fonds pour la période 2023-2027. Ce document a été publié au Journal officiel.
Cette convention détermine la répartition entre plusieurs catégories d’aides :
- Les prêts à l’accession à la propriété, destinés aux salariés souhaitant acheter leur résidence principale
- Les subventions pour la réhabilitation de logements anciens, notamment ceux présentant un mauvais classement énergétique
- Les dispositifs de garantie locative (Visale, Loca-Pass) qui sécurisent l’accès au parc locatif privé pour les salariés en mobilité ou en début de carrière
Le cadre quinquennal articule ces interventions avec la politique nationale du logement social. L’objectif est d’éviter que la collecte PEEC finance des actions déconnectées des besoins réels du terrain.
Un encadrement qui limite la marge de manœuvre
Pour les entreprises, cette convention a une conséquence directe : elles ne peuvent pas flécher leur contribution vers un projet immobilier précis. La redistribution passe par Action Logement, selon les priorités négociées avec l’État. Ce fonctionnement diffère de ce qui existait à l’époque des CIL locaux, où certaines entreprises pouvaient orienter leurs fonds vers des programmes de construction proches de leurs sites.

Obligations légales des entreprises : ce que le code du travail impose
L’assujettissement à la PEEC n’est pas optionnel. Le code de la construction et de l’habitation prévoit des sanctions en cas de non-versement.
Ne pas verser la PEEC revient à payer davantage sous forme de pénalité fiscale. C’est un mécanisme dissuasif qui explique le taux de recouvrement élevé de cette contribution.
Quelles sont les obligations déclaratives ?
L’entreprise doit :
- Calculer chaque année le montant dû sur la base de la masse salariale brute de l’exercice précédent
- Verser sa contribution à Action Logement dans les délais fixés par la réglementation
- Conserver les justificatifs de versement en cas de contrôle, notamment par l’administration fiscale ou les organismes de contrôle dédiés
- Informer les représentants du personnel sur les droits ouverts par la PEEC (prêts, aides, garanties)
Ce dernier point est souvent négligé. Les salariés ignorent fréquemment qu’ils peuvent solliciter un prêt accession ou une garantie Visale via leur employeur. Le rôle du service RH est de relayer ces dispositifs auprès des équipes.
Lien emploi-logement en zone tendue : une limite structurelle du dispositif
La collecte PEEC finance des aides nationales, mais les tensions sur le logement sont locales. Dans les métropoles où le foncier manque et les prix sont élevés, les dispositifs Action Logement ne suffisent pas à résoudre le problème d’accès au logement des salariés.
Un prêt accession de quelques milliers d’euros pèse peu face à un prix au mètre carré qui atteint des niveaux très élevés dans certaines agglomérations. Ce décalage entre la collecte nationale et les besoins locaux constitue la principale limite du système hérité des CIL.
Les entreprises implantées en zone tendue doivent compléter le dispositif PEEC par d’autres leviers : négociation de logements réservés auprès de bailleurs sociaux, aide à la mobilité géographique, ou partenariats avec des résidences temporaires pour les nouvelles recrues.
Le comité interprofessionnel du logement, devenu Action Logement, reste le principal circuit de financement du lien emploi-logement en France. Sa gouvernance paritaire et le cadre de la convention quinquennale 2023-2027 structurent l’emploi de fonds qui représentent une part significative de l’effort national de construction. Pour les entreprises concernées, la vigilance porte moins sur le versement lui-même, largement automatisé, que sur l’information des salariés et l’utilisation effective des aides disponibles.

