Quand un couple se sépare ou que des héritiers se disputent, le crédit immobilier ne s’arrête pas. La banque continue de prélever, et c’est souvent un seul indivisaire qui paye les mensualités pour éviter la saisie du bien.
La question n’est pas de savoir si vous avez droit à un remboursement (la réponse est oui, via l’article 815-13 du Code civil), mais de comprendre les pièges concrets qui peuvent réduire ce droit à néant si vous ne réagissez pas à temps.
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Prescription de cinq ans sur chaque mensualité : le piège que les indivisaires découvrent trop tard
La plupart des indivisaires qui payent seul le crédit immobilier pensent pouvoir régler la question au moment du partage ou de la vente. Cette logique est dangereuse.
La Cour de cassation a établi que la créance née du remboursement d’un emprunt immobilier par un seul indivisaire est exigible dès le paiement de chaque mensualité, et non au moment du partage. Le délai de prescription court donc à compter de chaque échéance, sur le fondement de l’article 2224 du Code civil.
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Concrètement, si vous payez seul depuis six ans sans avoir agi, les mensualités de la première année sont déjà prescrites. Vous ne pourrez plus en réclamer le remboursement, même devant un notaire lors de la liquidation.
Pour sécuriser votre situation en 2026, la priorité n’est pas de constituer un dossier de preuves (même si c’est utile). La priorité est d’interrompre la prescription par une mise en demeure adressée à l’autre indivisaire, idéalement par lettre recommandée avec accusé de réception. Un acte d’huissier (commissaire de justice) ou une assignation en justice interrompt aussi le délai.

Créance sur l’indivision : calcul entre dépense faite et profit subsistant
L’article 815-13 du Code civil prévoit deux méthodes de calcul pour indemniser l’indivisaire qui a financé seul le bien. Comprendre la différence change radicalement ce que vous pouvez récupérer.
Dépense de conservation ou dépense d’amélioration
Le remboursement du crédit immobilier est qualifié de dépense de conservation du bien indivis. Sans ces paiements, la banque aurait saisi le bien, ce qui justifie le droit à remboursement. Le texte prévoit que l’indemnité est calculée selon la plus forte des deux valeurs : la dépense faite (ce que vous avez réellement payé) ou le profit subsistant (la plus-value générée sur le bien grâce à votre financement).
Si le bien a pris de la valeur depuis l’achat, le profit subsistant peut dépasser largement la somme des mensualités versées. En revanche, si le marché a baissé ou si le bien s’est dégradé, vous récupérez au minimum la dépense faite, c’est-à-dire le total des échéances réglées à votre charge.
Ce qui entre dans le calcul et ce qui n’y entre pas
Seule la part excédant votre quote-part constitue une créance. Si vous détenez 50 % du bien et que vous payez 100 % du crédit, votre créance porte sur 50 % des mensualités (la part de l’autre indivisaire). Les intérêts d’emprunt, le capital amorti et l’assurance emprunteur entrent dans le périmètre de la dépense de conservation.
- Capital amorti et intérêts : intégralement pris en compte dans la dépense faite
- Assurance emprunteur : considérée comme une charge liée au crédit, donc incluse
- Taxe foncière et charges courantes : relèvent d’un autre régime (article 815-10), pas du 815-13, et la jurisprudence est plus restrictive sur leur remboursement
- Travaux d’entretien courant : même logique que les charges, à distinguer des travaux de conservation ou d’amélioration
Convention d’indivision : l’outil sous-utilisé pour figer les règles du jeu
Signer une convention d’indivision devant notaire reste le moyen le plus efficace de sécuriser la situation d’un indivisaire qui paye seul le crédit. Ce document contractuel permet de fixer des règles que la loi ne prévoit pas par défaut.
Une convention d’indivision peut prévoir la répartition exacte des charges, la périodicité des remboursements entre indivisaires, et surtout une clause de réévaluation de la créance indexée sur la valeur du bien. Sans convention, vous dépendez uniquement du calcul légal dépense faite/profit subsistant, sans pouvoir anticiper le montant récupérable.
La convention peut aussi fixer une durée déterminée (jusqu’à cinq ans renouvelables) pendant laquelle aucun indivisaire ne peut provoquer le partage. Cela évite qu’un indivisaire qui ne paye rien force la vente à un moment défavorable du marché.
Le coût de rédaction par un notaire représente une fraction du montant des mensualités que vous assumez seul. En l’absence de convention, les règles légales s’appliquent par défaut, et elles laissent une marge d’interprétation que l’autre partie peut exploiter lors du partage.

Sortie d’indivision : vente, rachat de parts ou partage judiciaire
Payer seul le crédit n’est pas une situation viable sur le long terme. Trois options permettent d’en sortir, chacune avec ses contraintes propres.
Le rachat de la part de l’autre indivisaire (rachat de soulte) suppose de pouvoir financer seul l’acquisition et d’obtenir l’accord de la banque pour une désolidarisation du prêt. La banque n’est pas obligée d’accepter : elle évalue votre capacité d’emprunt individuelle et peut refuser si vos revenus seuls ne couvrent pas les mensualités. En cas de refus, le rachat de soulte reste possible via un nouveau prêt auprès d’un autre établissement, mais les frais de notaire s’ajoutent.
La vente du bien met fin à l’indivision et permet de solder le crédit. Le produit de la vente est réparti selon les quotes-parts, après déduction de votre créance au titre des mensualités payées seul. Si l’autre indivisaire refuse la vente, vous pouvez demander le partage judiciaire devant le tribunal : nul ne peut être contraint de rester en indivision (article 815 du Code civil).
- Rachat de soulte : nécessite l’accord de la banque pour la désolidarisation, plus les frais de notaire sur le transfert de propriété
- Vente amiable : solution la plus rapide, mais suppose l’accord des deux parties sur le prix
- Partage judiciaire : procédure longue, mais aucun indivisaire ne peut s’y opposer indéfiniment
Preuves à conserver pour protéger votre créance en indivision
Sans preuves, votre créance n’existe pas en pratique. Le droit théorique ne suffit pas si vous ne pouvez pas démontrer que les paiements provenaient de vos fonds propres.
Conservez systématiquement les relevés bancaires montrant les prélèvements du crédit depuis votre compte personnel. Si les mensualités transitaient par un compte joint avant la séparation, la preuve devient plus complexe : il faut alors démontrer que les fonds provenaient exclusivement de vos revenus.
Les tableaux d’amortissement fournis par la banque, les quittances et les courriers échangés avec l’autre indivisaire (y compris les SMS et emails attestant qu’il reconnaît ne pas participer) constituent des éléments recevables. Une reconnaissance de dette signée par l’autre indivisaire, même manuscrite, renforce considérablement votre position.
Le délai de prescription de cinq ans rend cette conservation d’autant plus urgente : chaque mensualité non documentée et non réclamée dans les temps est une mensualité perdue. Un tableau de suivi mois par mois, avec les montants et les dates de prélèvement, facilite le travail du notaire lors du partage et réduit les contestations.

