Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plusieurs grandes banques françaises tirent un trait sur les courtiers. Sous la pression d’une réglementation serrée et d’un marché du crédit sous tension, ce retrait bouleverse la donne pour toute la filière immobilière. Derrière ce choix, une logique de contrôle, de maîtrise du risque et de réduction des coûts, mais aussi une nouvelle façon d’envisager la relation avec les clients.
Le paysage bancaire français change rapidement, et certains établissements bien installés n’attendent plus pour réviser leur politique : BNP Paribas, Société Générale ou encore Crédit Agricole prennent leurs distances avec les courtiers, parfois du jour au lendemain. Les raisons ? Elles gravitent autour de la gestion des fraudes, du poids croissant des règles de conformité et d’une volonté farouche de garder la main sur le parcours client. À la clé, des impacts directs sur les conditions d’accès au crédit immobilier.
Liste des banques qui refusent les courtiers
Pour comprendre l’ampleur du mouvement, il suffit de regarder de près les décisions prises ces derniers mois par plusieurs acteurs majeurs du secteur. Voici les établissements ayant coupé les ponts avec les courtiers, et ce qui motive leur démarche :
- Société Générale : a mis en pause tous les partenariats avec les intermédiaires.
- Crédit du Nord : a également fermé la porte aux collaborations avec les courtiers.
- Crédit Agricole : s’aligne sur cette stratégie en mettant un terme à ses accords de courtage.
Raisons principales du refus des courtiers par les banques
Derrière ces ruptures, plusieurs facteurs se conjuguent et pèsent lourdement dans la balance pour les directions bancaires. Les principales explications avancées s’articulent autour de la conformité, du coût et du pilotage des risques. Les voici, détaillées point par point :
- TAEG : depuis que la commission du courtier est intégrée, le coût total du crédit grimpe pour le client final.
- Taux d’intérêt : la hausse récente rend la situation plus tendue pour les ménages et les établissements.
- Usure : les plafonds actuels sont bas, ce qui limite la liberté de fixation des taux par les banques.
- Loi Lemoine : elle a transformé le coût de l’assurance emprunteur, rendant chaque dossier plus complexe à monter.
- OAT 10 ans : l’augmentation de ces obligations d’État pèse sur le coût de l’argent et modifie la donne pour les prêts immobiliers.
Au-delà de l’argument strictement comptable, c’est aussi la stratégie de relation client qui est en jeu : les banques veulent minimiser les intermédiaires pour renforcer le contact direct et garder la maîtrise de bout en bout du circuit de financement.
Raisons principales du refus des courtiers par les banques
Pour justifier la suppression des partenariats avec les courtiers, les banques avancent plusieurs éléments. D’abord, la prise en compte de la commission du courtier dans le TAEG fait mécaniquement grimper la facture pour ceux qui empruntent. Cet alourdissement tombe au plus mauvais moment, alors que les taux d’intérêt s’orientent à la hausse.Autre facteur qui pèse : la faiblesse actuelle du taux d’usure, qui empêche les banques de répercuter pleinement leurs propres coûts sur leur clientèle. Elles doivent jongler entre compétitivité et respect des seuils réglementaires, sous peine de se retrouver hors-jeu. S’ajoutent à cela les effets de la loi Lemoine, qui bouleverse le calcul de l’assurance emprunteur et complexifie chaque dossier.La récente envolée de l’OAT 10 ans complique encore davantage le contexte, en alourdissant le coût de refinancement pour les établissements. Face à cet enchaînement de contraintes, des groupes comme Société Générale, Crédit du Nord ou Crédit Agricole ont préféré réduire leur exposition en limitant l’accès aux courtiers. Objectif : mieux piloter leurs frais et maîtriser la chaîne de financement, sans dépendre d’acteurs externes.
Conséquences pour les emprunteurs et le marché du crédit
Pour ceux qui cherchent à financer un achat immobilier, la disparition des courtiers dans certaines banques change la donne. Fini le recours à un expert pour négocier les conditions du prêt ou dénicher la meilleure offre. Les courtiers remplissent un rôle de conseil, d’accompagnement et d’optimisation, qui peut faire toute la différence lors de la signature d’un crédit.Leur absence risque de compliquer la tâche à de nombreux ménages, en allongeant les délais et en réduisant la marge de négociation. Le marché du crédit immobilier pourrait en pâtir : moins d’intermédiaires, c’est aussi moins de fluidité et, potentiellement, moins de transactions conclues. Les professionnels de l’immobilier, promoteurs, agents, ressentent déjà ce ralentissement, qui fait boule de neige sur l’ensemble du secteur.Du côté des banques, ce choix vise à renforcer leur rentabilité et à reprendre la main sur la relation client. Mais la stratégie pourrait se retourner contre elles si les emprunteurs mécontents cherchent ailleurs des solutions plus souples, profitant à la concurrence.Pour les courtiers, la période impose d’innover. Plusieurs pistes se dessinent : étoffer leurs services, se rapprocher d’acteurs alternatifs ou défendre leur rôle auprès des instances de régulation. L’enjeu : continuer à peser dans l’écosystème du crédit et à garantir l’accès au financement pour tous.
Perspectives et solutions pour les courtiers
Face à cette nouvelle donne, les courtiers n’ont pas d’autre choix que de faire évoluer leur modèle. Plusieurs directions stratégiques leur sont ouvertes :
- Diversification des services : en développant des prestations de conseil patrimonial ou en ciblant des segments de marché encore peu exploités.
- Collaboration avec des établissements alternatifs : l’essor des banques en ligne ou des fintechs offre de nouveaux partenariats à explorer.
- Lobbying auprès des régulateurs : il s’agit de faire entendre leur voix auprès du Ministère de l’Économie et de l’Autorité de la concurrence pour défendre leur place dans le système du crédit.
Intervention des autorités
Les pouvoirs publics n’ignorent pas la situation. Bruno Le Maire, via le Ministère de l’Économie, a rappelé aux banques leurs obligations légales. Ce rappel vise à maintenir un accès équitable au crédit et à éviter que certaines pratiques ne freinent la concurrence.L’Autorité de la concurrence, de son côté, a la possibilité de sanctionner les établissements qui s’affranchiraient des règles. Cette capacité de contrôle pourrait, à terme, rééquilibrer les rapports entre banques et courtiers.
Le marché du crédit immobilier français n’a pas fini de se transformer. Entre décisions unilatérales des banques, riposte des courtiers et vigilance des autorités, le décor évolue rapidement. Ceux qui sauront s’adapter resteront dans la course, tandis que les autres devront revoir leur partition, ou changer de scène.


